Est ce que je suis vraiment contre la cosmétique naturelle et bio française ?

Octobre 2014

J’ai reçu le message suivant dans mon livre d’or de la part de «Beth» le 16 septembre « On a l’impression que vous avez crée ce site pour casser les produits cosmétiques de France. J’ai remarqué que vous mettez souvent en valeur les produits cosmétiques naturels fabriqués en Allemagne. » J’ai également reçu un message de la part de «Courilleau» le 1er octobre 2014 qui va dans le même sens : « Je trouve que vous exagérez les qualités des industriels Allemands, j’ai acheté des produits de la marque Docteur Hauschka et je trouve que c’est bien cher au regard des ingrédients c’est à dire de l’eau, de l’alcool pour que ça se conserve. J’ai remarqué aussi que les fabricants de cosmétique Allemands sont assez branché alcool, ça ne coûte pas cher et ça conserve tout… ». Est ce que j’ai vraiment une dent contre la cosmétique naturelle et bio française ?
Que veulent dire Courilleau et Beth, quand ils me reprochent de mettre en avant les cosmétiques allemands et de défavoriser d’autres cosmétiques ? Courilleau pour sa part avance au moins un point concret : le sujet de l’alcool, c’est à dire l’utilisation de l’alcool en tant que conservateur.
Point de discorde : conservation/alcool 
Quel est le meilleur moyen pour conserver les produits de cosmétique naturelle et bio ?
C’est une question clé. Le constat vaut de manière générale : Les moyens de conservation autorisés sont précisés en détail dans un annexe de la règlementation des cosmétiques. Une tout petite partie de ces moyens de conservation sont également autorisés en cosmétique naturelle et bio.
Tous les standards de certification de cosmétique naturelle et bio autorisent à peu près le même tronc commun de conservateurs de synthèse. Ils s’agit bien là de conservateurs chimiques et non de composants entièrement naturels.
L’alcool ne fait pas partie du listing des moyens de conservation. Mais ce composant possède également des effets de conservation. Il existe plusieurs matières actives de ce type. La glycérine ou les huiles essentielles, par exemple, contribuent également à la conservation d’un produit.

Quel type de conservation est nécessaire pour un produit ?
Pour déterminer quel type de conservation est nécessaire pour un produit précis et pour décider si ce produit nécessite l’utilisation de conservateurs issus du listing des conservateurs autorisés, il faut aussi tenir compte de la formulation globale d’un produit et de bien d’autres facteurs, comme les emballages (en tube ou pot).
En ce qui concerne la conservation des produits cosmétiques, il n’y pas qu’une seule approche ,- et il y a toujours eu une multitude de différentes façons de faire.
Certains fabricants utilisent par exemple de l’alcool et n’emploient aucun des conservateurs de synthèse autorisés. Ce qui ne veut pas dire que l’alcool est présent dans chaque produit.
D’autres utilisent principalement les conservateurs de synthèse doux autorisés en cosmétique naturelle et bio.
D’autres encore conservent les produits par d’autres moyens, par exemple la méthode de l’UHT (procédé encore très rare). Plus d’informations à ce sujet ici : www.laveritesurlescosmetiques.com/themen2014_07.php
Et certains travaillent avec des composants de matières actives combinés; comme par exemple des matières actives à base de glycérine, de Sodium Levulinate et de Sodium Anisate, qui remplissent une double fonction ; ils sont à la fois matières actives (protection du ph naturel de la peau) et agents antimicrobiens (et conservateurs). Un produit qui contient ce type de matières actives, peut pratiquement se conserver tout seul. Ce qui veut dire qu’il n’est pas nécessaire de rajouter de conservateurs supplémentaires, ou de l’alcool.
Dans son message, Courilleau prétend apparemment qu’il serait préférable de se passer d’alcool et d’utiliser à la place les conservateurs de synthèse autorisés en cosmétique naturelle et bio. Beaucoup de fabricants de cosmétique naturelle en bio travaillent ainsi, pas seulement en France. Voici quelques exemples de marques françaises.

A

B

Qu’est ce qui est mieux ? L’alcool ou d’autres moyens de conservation ?
En critiquant l’alcool, il faudrait répondre à une question: Est ce qu’il est préférable d’utiliser à la place de l’alcool un mélange de conservateurs de synthèse comme le sorbate de potassium, l’acide déhydroacétique, du benzoate de sodium et l’acool benzylique ?
Il faudrait également prendre en considération que les différents conservateurs de synthèse sont employés en quantité différente dans les différents produits certifiés. Quelle composition des conservateurs habituellement utilisés dans quelle quantité est préférable à un taux d’alcool ? Je ne connais aucune étude ou aucun expert qui pourrait répondre à cette question.

Même les conservateurs de synthèse doux autorisés en cosmétique naturelle et bio ne sont pas «tout blanc» non plus.
Pour quelle raison ? Les conservateurs sont sensés neutraliser des microorganismes. Tant qu’ils agissent ainsi, ils remplissent leur fonction. Mais toute matière qui détruit des microorganismes peut également s’avérer problématique pour la peau ou la santé, si elle n’est pas dosée avec précaution ou si ses effets secondaires n’ont pas suffisamment été étudiés.
Il n’existe aucune d’étude qui démontre la toxicité des conservateurs de synthèse doux autorisés en cosmétique naturelle et bio.
Ce qui ne veut pas dire non plus qu’ils sont tout à fait irréprochables. Il y a par exemple des personnes qui ne supportent ni l’acide benzoïques (Benzoic Acid), ni l’acide sorbique (Sorbic Acid).
Etant donné que les conservateurs de synthèse autorisés en cosmétique naturelle et bio ne sont pas complètement irréprochables, des taux limites d’utilisation ont été fixés, même pour ces composants. Selon le règlement européen des cosmétiques, leur utilisation est réglementée par un taux d’utilisation maximale : deux exemples :
L’acide benzoïque (Benzoic Acid) ne peut être utilisé qu’à hauteur de 0,5%, pour les produits qui sont sensés rester sur la peau.
Pour les composants Sorbic Acid et Dehydroacetic Acid la concentration maximale est de 0,6%.
La liste INCI d’un produit indique si les produits sont conservés avec des conservateurs de synthèse ou avec de l’alcool. La liste ne donne par contre pas d’indication plus précise concernant les méthodes de conservation en détail. D’autres conservateurs peuvent également se retrouver dans la formulation, par le biais de matières premières isolées notamment, qui ont elles-mêmes été conservées avec des conservateurs de synthèse. C’est ainsi que chaque produit représente un véritable «puzzle» en matière de conservation.

Alcool: Tout dépend de la quantité employée et du type de produit concerné
Qu’est ce qui joue en défaveur de l’alcool ? L’argument principal, -qu’il dessècherait la peau-, n’est pas tenable. La glycérine, par ex., est un composant principal de beaucoup de crèmes. Si l’on appliquait de la glycérine en concentration de 100%, elle soustrairait de l’hydratation à la peau. En concentration bien moindre, la glycérine a un effet positif.
Concernant l’alcool, tout dépend de la quantité employée et du type de produit dans lequel il est utilisé.
Par ailleurs : pour l’alcool, l’aspect naturel joue également un rôle important. Surtout pour des fabricants qui utilisent principalement de l’alcool bio.

Il existe des produits de cosmétique naturelle et bio -aussi de marques allemandes- qui n’utilisent ni l’alcool, ni les conservateurs de synthèse autorisés
D’affirmer de manière généralisée comme le fait Courilleau que „les fabricants de cosmétique Allemands sont assez branché alcool“ est un constat erroné, avec tous le respect que je dois à cette contribution.
Les fabricants qui travaillent avec l’alcool en tant que conservateur n’intègrent pas l’alcool de manière systématique dans tous leurs produits.
Voici un exemple concret concernant les produits de la marque Dr. Hauschka, étant donné que la marque est citée par Courilleau. Les exemples suivants montrent d’une part que ce ne sont pas seulement des produits allemands qui contiennent de l’alcool, mais également des produits venant d’autres pays. Par exemple des produits en provenance de Lettonie (produits certifiés selon la cahier des charges français Ecocert) ou de Suisse.
Ces exemples montrent par ailleurs qu’il existe des produits avec ou sans alcool chez une même marque, comme c’est par exemple le cas pour Dr. Hauschka (et pour bien d’autres).
Ces exemples illustrent également bien le fait qu’il existe des produits de cosmétique naturelle et bio allemands, mais également d’autres pays (notamment français) qui contiennent ni alcool, ni conservateur de synthèse autorisé en cosmétique naturelle et bio.
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Les produits ne sont pas mis en avant ou laissés de côté en fonction de leur type de conservation ou de leur pays der provenance.

  • Les exemples de produits le montrent bien : d’analyser la conservation d’un produit en fonction de son pays de provenance mène à l’impasse.Vous constaterez par ailleurs qu’aucun des conservateurs de synthèse autorisés en cosmétique naturelle et bio ne se retrouve classé en dessous de la note 2 (bien) dans l’évaluation du lexique INCI. Ces évaluations se basent également sur le fait qu’il s’agit dans ce cas-là de substances de synthèse.
  • En ce qui concerne les conservateurs utilisés dans les différents produits, les consommateurs ont le choix, indépendamment de le provenance du produit.
  • Ceux qui souhaitent privilégier des produits sans alcool en trouveront dans le commerce.
  • Il existe également des produits qui ne contiennent ni alcool, ni conservateurs de synthèse autorisés en cosmétique naturelle et bio.
  • L’hypothèse qui affirmerait que les produits qui contiennent de l’alcool doivent obligatoirement être considérés plus problématiques que les produits qui contiennent des conservateurs de synthèse autorisés en cosmétique naturelle et bio, ne tient pas debout.

Ce n’est pas une question de „nationalité“, mais une question de fabricants – et de type de certification
Je voudrais revenir à la question du départ : comment se fait-il que l’on pourrait avoir l’impression que la provenance d’un produit viendrait en compte dans l’analyse d’une thématique autour des cosmétiques ?

  • En ce qui concerne le mode de conservation, ni les produits français, ni les produits d’autres pays qui travaillent avec les conservateurs de synthèse autorisés sont défavorisés par rapport aux fabricants qui utilisent l’alcool à la place. Les évaluations des produits varient essentiellement entre 1 (très bien) et 2 (bien). Avec une mention «bien», on ne peut vraiment pas parler d’évaluation négative.
  • Pour quelle raison Beth affirme donc que „on a l’impression que vous avez crée ce site pour casser les produits cosmétiques de France“? Peut être qu’elle/il n’apprécie pas les remarques critiques au sujet de quelques aspects du cahier des charges français Ecocert.
    Concernant le référentiel Ecocert (qui ne certifie pas que des produits français, mes également en provenance d’autres pays), j’émets par exemple des critiques à l’égard de l’utilisation des huiles de synthèse (=huiles ésterifiées), qui sont autorisés dans les formulations, sans aucune restriction. Cela signifie en pratique que de tels huiles de synthèse peuvent réduire le taux ou même entièrement remplacer d’authentiques huiles végétales dans des crèmes, par exemple. Voir : www.laveritesurlescosmetiques.com/themen_008_fr.php
  • Dans le lexique INCI, les authentiques huiles végétales reçoivent la note 1 (très bien), car il s’agit là d’authentiques composants naturels.
  • Les produits qui contiennent des huiles ésterifiées ne sont pour autant pas dévalués dans mes analyses de produits. Les huiles ésterifiées autorisées en cosmétique naturelle et bio reçoivent la note 2 (bien). La différence d’évaluation se justifie par le fait qu’il s’agit d’huiles de synthèse d’origine naturelle et non d’authentiques huiles végétales naturelles.

L’utilisation d’eau florale à la place de l’eau – un gage de qualité ?

Dans son message Courilleau émet des critiques au sujet de l’utilisation de l’eau dans les produits du Dr. Hauschka. Sans doute que la lectrice/le lecteur voulait attirer l’attention sur le fait que dans beaucoup de crèmes certifiées par Ecocert, on privilégie l’utilisation d’eaux florales à la place de l’eau employée habituellement. Est ce qu’il s’agit là d’un avantage qualitatif ?

  • A mon avis non, car une eau florale contient principalement de l’eau et très peu de composants végétaux.
    Pour quelle raison utiliser alors de l’eau florale à la place de l’eau? Concernant la certification Ecocert, cet aspect est en lien avec le calcul du taux bio. Mes critiques visent cette pratique du référentiel Ecocert qui permet d’intégrer la partie aqueuse dans le calcul du taux bio. Mais c’est un autre sujet, que vous pouvez approfondir dans mon livre.
  • Quand j’émets des critiques, je rattache ces critiques à des arguments concrets et reste ouverte à l’échange avec d’autres points de vue. Dans les messages de Beth et Courilleau je n’ai malheureusement pas trouvé de points concrets pour un échange constructif.

 

Commentaire : cet article date d’octobre 2014
Les compositions des produits peuvent changer, même une gamme entière peut changer d’orientation d’une année à l’autre et choisir de supprimer ou de rajouter certains composants, par exemple. Aucun site ou magazine de consommateur actualise en permanence ces changements, ce serait un travail gigantesque, à faire en continu. Et les articles ne sont pas supprimés à la simple demande des fabricants qui expliqueraient que les formules aient changé de formulation depuis la parution du test. Le test produit reflète par contre «l’image exacte du moment», les tests sont clairement datés.

Marques et produits testés :

Ekia – Crème Extrême
Cattier – Nectar Éternel Bio Soin anti âge anti ride
Florame – Baume Cou et décolleté remodelant Anti-âge
Douce Nature – Fleur de Shampooing – cheveux gras
Dr. Hauschka (Allemagne) – Crème de Jour à la Rose
Dr. Hauschka (Allemagne) – Crème de Jour à la Mélisse (pour peaux mixtes)
Logona (Allemagne) – Crème de Jour Rose Bio
Melvita (France) – Bio Excellence Naturalift Crème Jeunesse Jour
Farfalla (Suisse) – Age Miracle Crème régénérante riche
Mádara (Lettonie) – Crème contour des Yeux Time Miracle
Sante (Allemagne) – Crème de jour bio Peaux sèches aux baies de Goji
Phyts (France) – Crème Absolue Fermeté Anti Rides

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