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Huile de palme dans les produits cosmétiques…Faut-il vraiment l’éviter à tout prix ?

Juin 2017

En ce qui concerne les composants de base de la cosmétique, de plus en plus de consommateurs savent désormais repérer de nombreux composants problématiques ou controversés, utilisés principalement par la cosmétique « conventionnelle ». 

Dans un premier temps, les consommateurs avertis choisiront donc peut être des crèmes «sans parabènes» ou des après-shampooing «sans silicones», sans forcément s’intéresser à l’intégralité de la composition. Une faille que les pro du marketing de l’industrie cosmétique savent désormais exploiter à grande échelle, en proposant des formules gavées de composants controversés, mais anoblis par quelques mentions qui se veulent rassurantes. La focalisation unilatérale et exclusive sur la «problématique des parabènes» par exemple, a permis aux fabricants de faire passer en douce des conservateurs de synthèse bien pires dans leurs produits.

Dans un deuxième temps, ces consommateurs porteront peut être leur regard sur l’offre élargie des cosmétiques bio certifiés et s’intéresseront également aux sujets de fond.

Et bien que la cosmétique naturelle et bio certifiée soit une réelle alternative à l’industrie cosmétique conventionnelle, il y a bien sûr aussi des sujets qui font débat, des approches à critiquer ou des façons de faire… à perfectionner.

Très souvent, ces débats ou inquiétudes de la part des consommateurs tournent autour de quelques sujets récurrents que je qualifierais de «zones grises». 

Non pas parce qu’il s’agit de pratiques mafieuses douteuses du secteur, mais tout simplement par ce que ces sujets nécessitent un peu plus d’explications, d’éclaircissements.

Parmi les questions qui reviennent régulièrement, notamment posées par des consommateurs qui découvrent les cosmétiques bio, il y a par exemple l’utilisation d’huiles essentielles, la présence de composants à base d’aluminium, la présence d’alcool etc, etc.

Et très souvent, les interrogations ou critiques se basent pas forcément sur des arguments    spécifiques ou études scientifiques, mais plutôt sur des informations relayées sur certains sites ou médias, sans vérification des différentes sources, par exemple.

Parmi les composants du rayon cosmétique qui soulèvent de nombreuses questions, il y a bien sûr également la présence de composants à base d’huile de palme.

 

 

Désormais, le grand public connaît la problématique des plantations d’huiles de palme, liée à des monocultures qui détruisent la biodiversité et entraînent des phénomènes de déforestations massives.

Au-delà de la problématique environnementale et du péril que ces plantations représentent pour l’écosystème (végétal, animal et humain), ce marché mondial lucratif ,basé principalement sur le profit de quelques multi-nationales, soutient des systèmes d’exploitation économique.

Largement utilisée surtout dans l’industrie agro-alimentaire (environ à 71%, suivi de 5% biocarburants, et 24% biens de consommation, dont cosmétiques), on reproche à cette huile également son taux élevé d’acides gras saturés, qui peut poser problème en surconsommation. Ceci-dit, la même chose vaut pour le beurre dans notre frigo et l’huile de palme fait partie de l’alimentation de base de beaucoup de pays, traditionnellement consommée dans le cadre d’une alimentation globalement équilibrée.

 

A quoi sert l’huile de palme dans les produits cosmétiques ?

Concernant l’utilisation de l’huile de palme pour la formulation des cosmétiques ;  l’huile de palme est souvent utilisée comme matière première dans les processus de saponification (fabrication du savon), mais permet également de constituer d’autres composants, par exemple des émulsifiants, indispensables pour la formulation des cosmétiques. On retrouve également de nombreux composants annexes (des agents texturants, des huiles hydrogérénées,etc) issus d’huile de palme.

En tant que matière première pure, l’huile de palme est une huile végétale qui peut représenter certains avantages : comme la plupart des huiles végétales, elle est émolliente, nourrissante et protectrice. En ce qui concerne la fabrication des savons, l’huile de palme assure la consistance nécessaire qui permet d’éviter que les savons ne ramollissent ou se liquéfient trop rapidement.

Inutile de rappeler que l’économie de l’huile de palme dans son ensemble pose de sérieuses problématiques sur le plan environnemental et intensifie les phénomènes d’exploitation économique. 

Le consommateur qui s’intéresse à la question a donc le choix soit de boycotter systématiquement tout produit contenant de l’huile de palme (vaste programme…) ou de regarder un peu plus près les différentes provenances de cette matière première.

Et plus on va dans le détail, plus on s’aperçoit que le sujet est suffisamment complexe, d’où l’importance de s’attarder davantage sur les différentes sources d’approvisionnement.

Voici un rapide aperçu des initiatives autour du « sourcing » de l’huile de palme, qui ne concerne pas seulement le secteur des cosmétiques, bien entendu.

Parmi les initiatives visant à faire évoluer la problématique, on retrouve tout d’abord:

A) La certification RSPO « Green Palm »

L’huile de palme certifiée RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil) est portée par le comité de développement durable de l’huile de palme. Initiée à la base par des acteurs de toute la chaîne de production et de distribution de l’huile de palme, ainsi que des ONG du secteur social et environnemental. Cette table ronde a débouché sur le programme « GreenPalm ».

Limites ? Ce sont des initiatives qui vont dans le bon sens, mais qui restent très limitées, car elles impliquent et s’adressent à des grands groupes industriels, qui ont tendance à niveler vers le bas, visant à maintenir leur profit. Au-delà de la protection limitée de l’environnement, les pesticides restent autorisés et la problématique de l’exploitation économique et humaine n’est pas prise en considération de manière conséquente.

http://www.rspo.org/about

B ) L’initiative « Palm Oil Innovation Group » (POIG)

Cette initiative, composée également de membre du RSPO et d’ONG (dont Greenpeace et le WWF) souhaite dépasser les exigences de base du RSPO et rajoute des critères nettement plus stricts de protection environnementale et production équitable.

Limites ? Il ne s’agit toujours pas de production irréprochable, l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques reste autorisée et les conditions de travail sont certes améliorées, mais ne vont pas aussi loin que les exigences du commerce équitable certifié.

http://poig.org/wp-content/uploads/2016/03/POIG-Indicators_FINAL.pdf

 

C)  La « certification bio » par Ecocert Greenlife

L’huile de palme issue de l’agriculture biologique est certifiée par exemple par Ecocert Greenlife et propose au-delà des principes de protection environnementale garantis par les initiatives ci-dessus, un cahier des charges strict de méthodes de cultivation: pas de pesticides, ni d’engrais de synthèse, par exemple.

Limites ? «Certification bio» ne veut pas nécessairement ou automatiquement dire certification « équitable ». Une grande partie de la production d’huile de palme bio provient de deux groupes Daabon (Colombie) et Agropalma (Brasil). Le groupe Daabon (Colombie) avait fait l’objet de plusieurs controverses et critiques dans le passé.

Il existe également une certification équitable de la part de Ecocert, ESR d’Ecocert, mais visiblement très peu associée aux projets d’huile de palme.

Les différents projets certifiés en agriculture biologique peuvent par contre en théorie s’associer à des certifications de commerce équitable, en respectant le cahier des charges  exigeant de « Fair For Life » par exemple.

http://www.ecocert.com

Dans toute cette jungle d’initiatives plus ou moins exigeantes, il existe néanmoins des approches qui appliquent les principes de l’agriculture bio et du commerce équitable de manière claire, transparente et …  surtout cohérente.

Parmi ces initiatives, on trouve notamment les deux projets suivants :

D) Le projet SERENDIPALM, Ghana

Huile de palme bio & équitable

Créée en 2006, Seredipalm est à la base un projet initié par une marque américaine de cosmétiques, Dr. Bronner’s, qui cherchait une solution pour s’approvisionner en huile palme bio et en parallèle développer le commerce équitable et biologique de cette matière première.

Dr Bronner’s est une entreprise familiale de savonniers, principalement reconnue pour ses savons « minimalistes », réputée aux Etats-Unis et bien au-delà. La société s’était lancée dans une vaste campagne globale de recherche pour se procurer les composants principaux auprès de fournisseurs regroupés dans des projets d’agriculture durable et équitable, qui puissent fournir les composants de base. C’est dans ce cadre-là que le projet Serendipalm vit le jour au Ghana. 

S’appuyant exclusivement sur des petits producteurs, ce projet concerne plus de 670 petits paysans, possédant des champs en moyenne de 3ha, entourés de plantations de cacao et d’agrumes. Au-delà des salaires équitables, les partenaires bénéficient de formations à l’agriculture biologique et d’une prime de commerce équitable versée à l’ensemble de la communauté, permettant de financer des travaux et installations communautaires. Sur le terrain, la filiale Serendipalm est gérée administrativement par l’équipe ghanéenne et bénéficie du soutien du groupe. Serendipalm est l’employeur local le plus important, respecté et reconnu à la fois par ses 300 employés, -dont beaucoup de femmes sans qualifications particulières-, et par l’ensemble de la communauté locale.

Le projet Serendipalm fournit aujourd’hui également différentes sociétés du secteur alimentaire bio comme Rapunzel et la GEPA, Artisans du Monde. Le projet est garanti par différentes certifications bio et certifié commerce équitable « Fair For Life ».

Serendipalm

E) Natural Habitats, provenances diverses

Huile de palme bio & équitable

Le groupe Natural Habitats est fournisseur d’huile de palme bio, cultivée selon les principes du commerce équitable. 

Les différentes plantations de petits producteurs sont basées en Equateur et au Sierra Léone. Certifications Fair For Life (commerce équitable) Ecocert et USDA organic, EU organic (bio).

http://www.natural-habitats.com/

 

 

A vous de jouer

Plusieurs pistes s’offrent ainsi au consommateur éclairé qui souhaite encourager le sourcing équitable et écologique de l’huile de palme, que ce soit pour ses produits alimentaires ou cosmétiques.

L’option d’un boycott global de cette matière première dans tous les produits peut représenter un réel challenge de consommation sur le long terme et également pénaliser les quelques initiatives réellement exemplaires de commerce équitable et bio.

On est bien d’accord, le fait de s’orienter vers des produits certifiés bio ne représente qu’une partie des garanties, et seuls les projets qui garantissent à la fois des certifications bio et équitables feront avancer le débat.

En dehors des quelques marques qui mettent en place ou soutiennent ces projets uniques, le consommateur aura son rôle à jouer pour faire bouger les lignes, en choisissant les produits contenant de l’huile de palme «durable», «équitable» et «bio» en connaissance de cause et en incitant ses marques préférées à augmenter leur niveaux de garanties et de certifications… en toute transparence.

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