Les perturbateurs endocriniens….. c’est quoi, au juste ?

Septembre 2020

temps de lecture : long, mais instructif

Les perturbateurs endocriniens c’est quoi, au juste ?

Et comment les éviter, au final ?

 

Quelques explications de base : le système endocrinien

Ce que l’on appelle le « système endocrinien », c’est le système du corps humain qui regroupe l’ensemble des organes et tissus sécrétant des hormones. Notre santé dépend également du bon fonctionnement de ce système endocrinien.

Ce système est composé de plusieurs organes appelées glandes (composées de cellules endocrines), qui produisent des hormones et les libèrent ensuite dans le sang. Ces hormones jouent un véritable rôle de « messager chimique », en diffusant dans tout l’organisme.

Les hormones ont des fonctions essentielles et variées ; elles stimulent la croissance et le développement, régulent les pulsions et les humeurs, contrôlent les grandes constantes physiologiques (ex. température corporelle, taux de glycémie, pression artérielle).  Ce qui signifie aussi que l’équilibre de notre organisme ou notre santé dans sa globalité peut être fortement impacté, si ce système est perturbé ou altéré.

Et les perturbateurs endocriniens, alors ?

Les perturbateurs endocriniens sont d’origine parfois naturelle (hormones et phyto-ostrogènes) et souvent artificielle, c’est-à-dire contenus dans certains produits issus de l’industrie chimique ou de nombreux objets du quotidien (ex. cosmétiques, pesticides, détergents, matières plastiques, ameublements médicaments, textiles, etc).

Et leur impact sur la santé ?

Les perturbateurs endocriniens peuvent impacter la santé sur plusieurs niveaux, par exemple en:

  1. modifiant la production naturelle de nos hormones naturelles (œstrogènes, testostérone) en interférant avec leurs mécanismes de synthèse, de transport, ou d’excrétion. 
  2. en mimant l’action de ces hormones en se substituant à elles (on parle aussi parfois de «hormone-like» dans les processus biologiques qu’elles contrôlent)
  3. en bloquant ou empêchant l’action de ces hormones, en se fixant sur les récepteurs avec lesquels elles interagissent habituellement

Et toutes ces interférences hormonales peuvent tôt ou tard être rapprochées de problèmes de santé importants*, comme par exemple (*même si ces maladies sont souvent multi-factorielles, bien entendu) :

  • des cancers hormono-dépendants
  • des problématiques d’infertilité 
  • des malformations génitales à la naissance**
  • autres maladies type diabète/ obésité… etc

**notamment la conclusion des travaux du Professeur Sultan :

https://www.senat.fr/rap/r07-176-2/r07-176-270.html

Ce qui poserait problème également, c’est que les perturbateurs endocriniens seraient problématiques et actifs même à faible dose, selon certaines études* :

« La faible dose d’exposition

Habituellement, en dessous d’un certain niveau d’exposition, les mécanismes de défense de l’organisme permettent d’éviter l’apparition d’effets sanitaires. On parle alors d’effet de seuil. Pour certaines substances dangereuses comme des molécules cancérigènes, on observe qu’il n’y a parfois pas d’effet de seuil, au moins à l’échelle d’une population donc, des effets possibles même à faible dose. Les perturbateurs endocriniens sont suspectés d’agir de même. »

*ANSES https://www.anses.fr/fr/content/les-perturbateurs-endocriniens

 

Quels produits contiennent des perturbateurs endocriniens, au final ?

On retrouve des perturbateurs endocriniens dans une grande partie de produits du quotidien (ameublement, textiles, jouets, vêtements, et aussi l’alimentation), comme par exemple

  • des phtalates, ou le bisphénol A utilisés dans les matières plastiques
  • des pesticides dans l’alimentation*
  • Des composants dans les cosmétiques (certains parabènes, triclosan, des filtres UV, alkylphénols , BHT etc)
  • des composés organochlorés (DDT, chlordécone…) utilisés dans les phytosanitaires,
  • des retardateurs de flammes (que l’on retrouve par exemple dans des meubles neufs)

*l’association Générations Futures fait un travail remarquable de mobilisation collective contre les pesticides et mérite notre soutien :

https://www.generations-futures.fr/

 

Comment fonctionnent les perturbateurs endocriniens ?  ➡️  Vidéo informative LE MONDE

https://www.youtube.com/watch?v=esSfDjp1jkg

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Est-ce que les perturbateurs endocriniens sont problématiques pour tout le monde ?

Les perturbateurs endocriniens représentent une problématique pour TOUS, mais les femmes enceintes, les fœtus, les enfants ou encore les personnes dont le système immunitaire est affaibli sont les personnes les plus à risques. 

Il est important de noter par exemple que l’exposition d’une femme enceinte à des perturbateurs endocriniens pourra avoir des répercussions sur la santé de son enfant, même si les effets ne se déclarent que plusieurs années après la naissance.

En 2016, une étude de Santé Publique France avait confirmé la présence de traces de perturbateurs endocriniens chez quasiment toutes les femmes enceintes testées au cours d’une vaste enquête, la première de cette ampleur en France sur ces substances.

« L’étude, publiée mercredi 7 décembre 2016 par Santé publique France, a mesuré la présence de divers polluants organiques dans les urines de plus de 4.000 Françaises ayant accouché en 2011. Résultat : « le bisphénol A, les phtalates, les pyréthrinoïdes (famille d’insecticides), les dioxines, les furanes, les PCB, les retardateurs de flamme et les composés perfluorés » sont détectés « chez près de la totalité des femmes enceintes », explique l’agence française de santé publique, mandatée par le ministère de la Santé pour cette enquête. Par exemple, le bisphénol A était présent chez plus de 70 % des participantes, les phtalates chez 99,6 % d’entre elles, les dioxines, furanes et PCB ont été détectés dans… 100 % des cas ! »*

* https://www.sciencesetavenir.fr/sante/grossesse/perturbateurs-endocriniens-des-traces-chez-quasiment-toutes-les-femmes-enceintes_108729

Et une autre étude de 2019 de Santé Publique France publiée en 2019 montre également que six «polluants du quotidien» (dont les perturbateurs endocriniens font partie) «sont présents dans l’organisme de tous les Français» .

Santé publique France a mesuré les niveaux d’imprégnation de la population française par six familles de substances présentes dans l’environnement et cherché à identifier les sources d’exposition probables – produits ménagers, cosmétiques, emballages alimentaires, etc. Les mesures ont été réalisées entre 2014 et 2016 sur un échantillon représentatif de la population générale, composé d’environ 1.100 enfants et 2.500 adultes habitant en France continentale. Certaines substances sont considérées comme des perturbateurs endocriniens ou des cancérogènes avérés ou suspectés » 

https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2019/polluants-du-quotidien-donnees-inedites-chez-les-enfants-et-les-adultes

En ce qui concerne les produits cosmétiques, on retrouve malheureusement encore trop de substances préoccupantes (perturbateurs endocriniens et autres substances controversées), même dans les produits pour femmes enceintes, enfants ou tout-petits, comme le démontrent les différents tests produits du site :

https://blog.laveritesurlescosmetiques.com/test-produits-produits-cosmetiques-destines-aux-femmes-enceintes/

https://blog.laveritesurlescosmetiques.com/la-verite-cosmeto-du-mois-cold-cream-mixa-bebe-revue-a-la-loupe/

https://blog.laveritesurlescosmetiques.com/eau-de-toilette-corine-de-farme-analyse-des-composants/

https://blog.laveritesurlescosmetiques.com/la-verite-cosmeto-du-mois-le-lait-hydratant-bebe-uriage-revu-a-la-loupe/

 

Et pourquoi ne pas les interdire, tout simplement ?

D’une part, il n’existe pas de définition règlementaire européenne commune, même si de nombreux efforts ont été mis en place depuis 2017.

Et surtout, entre les premières mises en gardes scientifiques et les interdictions de substances (que ce soit au niveau des composants cosmétiques ou des pesticides, par ailleurs) il peut se passer… plusieurs années.

D’une part parce qu’il s’agit de processus administratifs lourds et complexes et d’autre part aussi parce que l’industrie concernée s’y opposera par tous les moyens (=Lobbying).

L’encadrement des substances chimiques est régi par le règlement REACH qui s’applique sans transposition dans tous les États membres de l’UE. Il prévoit que les substances possédant des propriétés perturbant le système endocrinien et « présentant un niveau de préoccupation équivalent aux substances CMR (cancérigène – mutagène – toxique pour la reproduction) », puissent être identifiées comme des substances extrêmement préoccupantes, et ainsi être inscrites sur la liste des substances soumises à autorisation.

La règlementation en Europe

Au niveau Européen, la liste officielle disponible sur le site de l’ECHA est régulièrement mise à jour et concerne les substances potentiellement considérées comme perturbateurs endocriniens en cours d’évaluation ou déjà évaluée:

https://echa.europa.eu/fr/ed-assessment

Cadre règlementaire : plus d’informations au sujet également sur le site du INRS:

http://www.inrs.fr/risques/perturbateurs-endocriniens/cadre-reglementaire.html

A ce jour, l’absence de réglementation spécifique applicable aux perturbateurs endocriniens, s’explique par l’absence de définition réglementaire commune et officielle à l’ensemble de la législation européenne. En effet, une définition réglementaire européenne a été adoptée en septembre 2017, pour les perturbateurs endocriniens utilisés comme principes actifs biocides (règlement délégué n° 2017/2100 du 4 septembre 2017) puis en avril 2018 pour ceux utilisés comme pesticides (règlement 2018/605 de la Commission du 19 avril 2018). Toutefois, à ce jour, cette définition n’a pas encore été reprise dans le cadre des autres règlements européens relatifs aux produits chimiques (REACH et CLP)

Depuis 2020 il existe également une nouvelle initiative européenne, un nouveau site européen pour recenser les perturbateurs endocriniens :

edlists.org

Cinq Pays Européens viennent de lancer cette année un site destiné à établir une liste des substances perturbateurs avérées ou suspectées.

Mis en ligne 2 juin 2020, le site edlists.org répertorie la liste des substances reconnues comme étant des perturbateurs endocriniens dans la règlementation européenne sur les produits chimiques. Ce site est le résultat d’une coopération entre la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas, la Suède, et la France.

En France, l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) s’est engagée à publier d’ici 2021 la liste de l’ensemble des perturbateurs endocriniens. Cette liste établira un classement des molécules en trois catégories : « suspecté », « présumé », « avéré »,

https://www.anses.fr/fr/content/les-perturbateurs-endocriniens

 

Et les substances classées CMR (cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la réproduction), alors ?

Dans certains cas, des substances « interdites » (dont font partie certains perturbateurs endocriniens) peuvent faire l’objet de dérogations… et restent donc en circulation, comme le précise par exemple aussi la FEBEA, fédération de l’industrie des cosmétiques.

« Selon le Règlement européen cosmétique (n° 1223/2009), les substances CMR sont interdites en cosmétique « en raison de leurs propriétés dangereuses ». Toutefois, étant donné qu’une propriété dangereuse d’une substance n’entraîne pas nécessairement un risque, il existe des cas exceptionnels où ces ingrédients peuvent être utilisés.

Par exemple, une substance classée dans la catégorie 2 peut être utilisée dans des produits cosmétiques si elle a été évaluée par le Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (SCCS) et que celui-ci l’a jugée sûre pour l’utilisation dans les produits cosmétiques.

De même, les substances CMR de catégorie 1A ou 1B peuvent être employées dans les produits cosmétiques si elles sont en conformité avec les exigences de sécurité alimentaire, s’il n’existe aucune autre substance de substitution appropriée et si le SCCS a considéré leur utilisation pour un usage déterminé comme sûr. »

https://www.febea.fr/fr/substances-classees-cmr

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Et les huiles essentielles ? On entend parfois parler d’huiles essentielles qui seraient également concernées ?

Il existe bien entendu des plantes ou huiles essentielles ( = issues de plantes) qui ont des actions reconnues sur le système hormonal. Ces propriétés sont identifiées depuis des lustres et c’est d’ailleurs, entre autre,  la raison pour laquelle on va les utiliser.

Ce qui veut dire aussi que ces plantes ou huiles essentielles sont accompagnées de restrictions d’utilisation, les huiles essentielles de sauge ou de menthe poivrée, pour ne citer qu’un exemple parmi d’autres, sont notamment à prescrire pendant la grossesse.

Ces plantes ou huiles essentielles seront donc utilisées dans des cadres thérapeutiques bien spécifiques. Concernant d’autres études au sujet des huiles essentielles, le Consortium Huiles Essentielles est une source d’information précieuse.

https://www.consortium-he.org/

La problématique des perturbateurs endocriniens de synthèse est différente : il s’agit de substances avec des propriétés bien spécifiques (conservateur, pesticide…etc) qui interfèrent « accessoirement » aussi de manière importante avec le système hormonal.

Comment éviter les perturbateurs endocriniens au quotidien, alors ?

On le soulignera jamais assez, la problématique des perturbateurs endocriniens ne concerne pas QUE certains composants cosmétiques, mais une grande partie de nos objets du quotidien et de notre alimentation : éviter les pesticides dans l’alimentation, en favorisant l’agriculture biologique, va déjà dans ce sens.

Mais ce sont réellement nos choix de consommation, au quotidien, qui permettront déjà d’éviter de rajouter des perturbateurs endocriniens à ceux déjà présents sur le marché;

Voici quelques pistes pour éviter les perturbateurs endocriniens au quotidien, résumés dans cette vidéo explicative.

 

➡️   Et également une interview du Site La Vérité sur les Cosmétiques avec l’Aromathèque au sujet des perturbateurs endocriniens dans les cosmétiques :

 

https://www.youtube.com/watch?v=dQjbKXz3dG4

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