Une liste d’une vingtaine de substances identifiées comme problématiques dans les cosmétiques est-elle suffisante ?

L’article sur le site de Que Choisir du mois mois de mars 2016 « Produits cosmétiques: les fiches des molécules toxiques à éviter »  ( lire l’article) a fait beaucoup de vagues.
Et de nombreux médias ont remis en avant la problématique de la présence d’ingrédients douteux dans les produits cosmétiques.

Une initiative salutaire, qui a le mérite de montrer que ces ingrédients douteux sont  aujourd’hui toujours aussi largement présents dans les produits cosmétiques, utilisés au quotidien.

Mais à coté de cela, il ne faut pas perdre de vue que, ce qui pose problème, ce n’est pas seulement la présence de ces ingrédients douteux dans les cosmétiques, mais c’est aussi  la présence de matières problématiques et polluantes dans tous les autres produits de la vie quotidienne (produits alimentaires, meubles et objets qui nous entourent, vêtements,  produits d’entretien,  etc.). L’accumulation de toutes ces matières peut parfois représenter un véritable «cocktail chimique» suffisamment impressionnant, pour qu’on puisse en retrouver les traces dans les analyses de sang.

Mais il existe bien entendu pour chaque catégorie de produits des alternatives, des produits qui ne représentent pas de risques et qui n’ajoutent pas de nouveaux éléments à la pollution environnementale ambiante.

L’approche choisie dans l’étude de Que Choisir se focalise sur une vingtaine de composants ou de catégories de composants et propose «un panorama de produits cosmétiques contenant des molécules toxiques.»

Tout ce qui peut être une information complémentaire mise à disposition du consommateur va  bien sûr dans le bon sens, je m’interroge néanmoins sur l’approche un peu réductrice qui consiste à identifier une sorte de «Top Ten» de composants à éviter.

Il existe malheureusement bien d’autres composants controversés qui n’apparaissent pas dans la liste, mais qui entrent toujours dans la composition de nombreux produits cosmétiques.

Comme par exemple les substances listées ci-dessous :

Je précise que cette liste n’est absolument pas exhaustive, elle démontre juste qu’il existe bien plus de composants controversés et problématiques que les 20 cités dans l’article de Que Choisir.

Toute la liste des composants susceptibles de former des nitrosamines
Triethanolamine /Cetyl-PG Hydroxyethyl Palmitamide/ Diethanolamine Bisulfate/ Dimethyl MEA/ Dimethylamine/ Bronopol …

Les ingrédients susceptibles de libérer du formaldéhyde
2-Bromo-2-Nitropropane-1,3-Diol/ Quaternium-15/ DMDM Hydantoïne,…

Les composants organo-halogénés
Trichloroethane / Dimethylaminosteryl Heptyl Methyl Thiazolium Iodide/ Chlorphenesine/ Chlorhexidine Dihydrochloride /Chlorobutanol /Bromochlorophene…

Toute la panoplie des colorants azoïques présents dans le maquillage
CI 11680 /CI 11710/CI 18050…

Les « fixateurs » et « révélateurs » utilisés par exemple dans le colorations chimiques
Toluene-2,5-Diamine /Resorcinol/ 3-Hydroxyphenol…

Les PEG
PEG-Stearate/PEG-350/ PEG-10M…

Les quats et polyquats
Cetyltrimethylammonium chloride (CTAC) /Quaternium-5 …

Les autres perturbateurs endocriniens (phtalates dans les parfums, filtres UV dans les solaires, etc…) :

Diethyl Phthalate /BHT/ 4-Methylbenzylidene Camphor /Benzophenone/Oxybenzone…

La liste est malheureusement bien loin d’être exhaustive, et on ne peut pas, à mon sens, réduire le débat à une « liste de quelques substances à éviter. »

Mon autre interrogation porte sur la classification des allergènes.
C’est sur ce point notamment que diverge notre avis avec l’approche de Que Choisir.

Les Allergènes

Dans l’article de Que Choisir, on peut lire « les substances allergènes proviennent principalement des parfums incorporés dans les formules pour les rendre plus plaisantes. Mais la présence de parfum n’est pas forcément synonyme de présence d’allergènes, et le contraire n’est pas vrai non plus. »
Dans la liste des allergènes incriminés, on retrouve pêle-mêle des parfums de synthèse (Alpha-Isomethyl Ionone), des conservateurs à base d’alcool (benzyl alcohol) et des composants issus d’huiles essentielles (Citral, Limonene , Geraniol etc…).
Toutes ces substances peuvent bien entendu provoquer des réactions allergiques chez certaines personnes, mais à ce stade, il serait important de différencier entre les substances naturelles (celles issues d’huiles essentielles) et les parfums et conservateurs de synthèse. Les substances naturelles peuvent, elles aussi, parfois déclencher des réactions allergiques, il existe par exemple des personnes qui sont allergiques aux graminées, aux fraises et aux agrumes. Généralement les personnes concernées connaissent leurs allergies et évitent tout simplement ces substances au quotidien.
La même logique s’applique pour les composants issus d’huiles essentielles, si le fait d’éplucher une orange ou de recevoir un bouquet de roses provoque des réactions allergiques, dans ce cas, il suffit d’éviter produits contenant des huiles essentielles à base d’agrumes (Citral, Limonene etc.) ou de rose (Géraniol), etc.…

Ces composants sont des parties isolées (des fractions) d’huiles essentielles utilisées par exemple en cosmétique naturelle et bio pour parfumer et pour conserver. Cela signifie également qu’ils sont présents en quantité très faible, généralement cités à la fin de la liste INCI. Ce sont donc ces composants isolés, ces fractions d’huiles essentielles (et non l’huile essentielle dans son ensemble) qui doivent être détaillés depuis 2005 à la fin de la liste des composants pour informer les personnes qui seraient susceptibles de réagir à ces molécules.

Les substances naturelles seraient donc elles aussi problématiques ?
Je vous renvoie aux pages 182-188 du livre « La Vérité sur les Cosmétiques » de Rita Stiens.

Du chapitre « Un produit naturel est-il toujours doux et de qualité ? » à « La nature à l’état pur est mieux tolérée » Rita Stiens précise notamment page 184 :
« Cela dit, il faut se garder d’en conclure abusivement que les substances naturelles ne sont pas en mesure – elles non plus- de nous protéger. En effet, la médecine naturelle reposant sur une expérience longue de plusieurs siècles, les ingrédients qu’elle emploie sont généralement bien connus et l’on sait faire la différence entre ceux qui sont bénéfiques et ceux qui nécessitent des précautions. »
et page 187
« Est ce que les huiles essentielles qui contiennent du géraniol et/ou du citral sont mieux tolérées que le géraniol et le citral purs ? On dispose des résultats d’une étude sur la tolérance de la peau aux huiles essentielles, étude qui compare les effets des  composants de ces huiles (le géraniol et le citral) avec les effets de ces mêmes substances à l’état pur. Toutes ces recherches sont conformes aux normes GLP (Good Laboratory Practise) et tiennent compte des recommandations du groupe de travail Colipa (….) Les tests montrent clairement que toutes les huiles essentielles qui contiennent du géraniol ou du citral sont nettement mieux supportées par la peau que les substances sous leur forme pure. En conclusion, une huile essentielle a un potentiel allergène inférieur à celui de ses composants isolés.» 
En cosmétique naturelle et bio, les fabricants utilisent habituellement les substances odorantes des huiles essentielles sous leur forme complexe naturelle, c’est à dire l’huile essentielle dans son ensemble, non fractionnée.

Ensuite se pose de nouveau la question du choix des composants… et des produits.

En cosmétique naturelle et bio, les produits sont exclusivement parfumés aux huiles essentielles, les parfums de synthèse (tout comme les conservateurs de synthèse, etc.) ne sont pas autorisés.
Il existe quelques gammes de cosmétique bio certifiées qui sont  « sans parfum », mais de manière générale les huiles essentielles font partie des composants largement utilisés en cosmétiques naturelle et bio.

Si l’on voulait à tout prix éviter d’utiliser des huiles essentielles, ou des composants d’huiles essentielles, on serait obligé « par défaut » d’utiliser à la place des produits qui contiennent des parfums de synthèse, et la plupart des  produits « conventionnels » sont parfumés avec des parfums de synthèse, regroupés sous le terme générique de « Parfum ».
Ces parfums sont souvent allergisants et se rajoutent alors au cocktail impressionnant de substances de synthèse que l’on peut retrouver dans un produit cosmétique conventionnel. Même constat, si l’on voulait à tout prix éviter les composants à base d’alcool, autorisés et utilisés en cosmétique naturelle et bio pour les différents processus de conservation, on aurait le choix entre « avoir des produits qui ne se conservent pas ou mal » … ou « utiliser des conservateurs de synthèse problématiques » et bien plus controversés.
Un autre point, sur lequel notre interprétation diffère légèrement de l’approche de Que Choisir, c’est la question des deux bases lavantes, pointées du doigt au même niveau  : le Sodium lauryl sulfate et Ammonium Lauryl Sulfate. La plus irritante reste le Sodium Lauryl Sulfate, qui sert d’étalon pour toutes les autres bases lavantes, l’Ammonium Lauryl Sulfate a un potentiel irritant bien moindre.
Et il existe comme toujours également d’autres alternatives moins irritantes, plus intéressantes. Le sujet des bases lavantes ou tensioactifs sera abordé de nouveau prochainement sur ce site.

Pour éviter les autres composants à risque cités dans l’article, il suffit d’opter pour des produits de cosmétique naturelle et bio certifiés. Ces composants controversés ne sont tout simplement pas autorisés par les différents cahiers des charges en cosmétique naturelle et bio, donc la question ne se pose même pas.

Hermosa Study

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